L'essentiel
La loi de finances 2026 pose le principe d'un système de facturation électronique au Cameroun, sur un modèle de contrôle continu des transactions où les factures sont structurées, validées et transmises à l'administration fiscale. La plateforme, baptisée eBilling, est en cours de construction à la Direction générale des impôts, avec une livraison attendue en octobre 2027 et un premier périmètre centré sur les grandes et moyennes entreprises. Les spécifications techniques ne sont pas publiées. Ce guide sépare ce qui est acquis de ce qui reste ouvert, et liste ce qu'une entreprise peut préparer dès maintenant dans son ERP.
Ce que cela change pour vous
Attendre les spécifications pour commencer est une erreur : neuf préparatifs sur dix ne dépendent pas du format technique mais de la qualité de vos données de base, de votre numérotation et de votre archivage. Une entreprise dont le référentiel fournisseurs comporte 20 % de NIU manquants ne sera pas prête, quelle que soit la plateforme. Les grandes et moyennes entreprises, premières concernées, ont dix-huit mois pour y remédier.
Ce qui est acquis, ce qui ne l’est pas
Le sujet circule depuis deux ans dans les directions financières camerounaises, souvent avec plus de rumeurs que de textes. Mettons les faits en ordre.
Ce que les textes posent. La loi de finances 2024 avait introduit un suivi électronique de la facturation et des processus de production pour certaines catégories de contribuables. La loi de finances 2026 va plus loin et pose le principe d’un système de facturation électronique, visant d’abord les opérations soumises à la TVA entre entreprises, sur un modèle dit de contrôle continu des transactions : les factures doivent être structurées, répondre à des exigences d’intégrité, d’authenticité et de traçabilité, et être transmises à une plateforme centralisée de l’administration fiscale.
Ce que l’on sait de la plateforme. La Direction générale des impôts construit un système baptisé eBilling, présenté comme une solution destinée à digitaliser et automatiser la gestion des attestations de retenue à la source à travers la facturation électronique. Le marché de réalisation a été attribué en mars 2026 pour un budget de 1,216 milliard de FCFA, avec une livraison attendue en octobre 2027, et un marché d’assistance technique de 333,9 millions de FCFA courant jusqu’en décembre 2027. Le déploiement visera d’abord les contribuables de la Direction des grandes entreprises et des Centres des impôts des moyennes entreprises, avec une extension progressive aux autres catégories.
Ce que l’État en attend. La Banque africaine de développement estime, dans son rapport pays 2026, que la facturation électronique pourrait rapporter 100 milliards de FCFA de recettes supplémentaires par an, dans un pays dont la pression fiscale s’établissait à 13,3 % du PIB en 2025, sous le seuil communautaire de 17 %. Autrement dit : la réforme n’est pas un projet informatique, c’est un projet de recettes, et il ira à son terme.
Ce qui n’est pas défini. Le format des factures, le mode de signature ou de cachet, l’éventuel code à réponse rapide sur les factures imprimées, le calendrier précis par catégorie de contribuable, le sort des opérations vers les particuliers et vers l’État, les seuils, les sanctions. Toute solution qui vous promet aujourd’hui une conformité « clé en main » le fait sans spécifications.
Pourquoi commencer quand même
Les réformes de facturation électronique conduites ailleurs enseignent une chose constante : les entreprises qui échouent au démarrage n’échouent pas sur le format. Elles échouent sur leurs données. Une facture électronique est rejetée parce que le NIU du client est absent ou faux, parce que la numérotation présente des trous, parce que le code TVA n’est pas celui attendu, parce que l’adresse du fournisseur n’est pas structurée. Tout cela se corrige dès maintenant, dans l’ERP que vous avez, et c’est ce qui prendra le plus de temps.
Les dix préparatifs à lancer dans l’ERP
- Fiabiliser le référentiel tiers. Pour chaque client et fournisseur actif : raison sociale exacte, NIU, RCCM, adresse structurée, régime fiscal. Mesurer le taux de complétude aujourd’hui ; il est rarement au-dessus de 80 % dans les bases que nous auditons.
- Garantir une numérotation continue et infalsifiable. Une séquence par type de document, sans trou ni doublon, verrouillée dans l’ERP et non dans un tableur. Les plateformes de contrôle continu rejettent les ruptures de séquence.
- Normaliser les codes TVA. Un code par régime : taux général à 19,25 %, centimes additionnels communaux compris, exonérations avec leur fondement, opérations hors champ, retenues à la source. Chaque ligne de facture doit porter un code et un seul.
- Porter les mentions obligatoires dans les données, pas dans la mise en page. NIU et RCCM des deux parties, désignation, quantités, prix HT, taux et montant de TVA, TTC : chaque mention doit exister comme champ structuré, parce que c’est le champ qui sera transmis, pas le PDF.
- Distinguer facture, avoir et acompte. Les plateformes de contrôle continu traitent les avoirs comme des documents liés à une facture d’origine. Si vos avoirs sont aujourd’hui des factures négatives, le modèle de données est à revoir.
- Rattacher la facture à l’écriture. Chaque facture émise doit pointer vers son écriture comptable et réciproquement, avec le même numéro. C’est aussi ce qui permettra de rapprocher les transmissions à la plateforme et la déclaration de TVA du mois.
- Préparer le côté réception. La réforme vise les factures émises, mais vos fournisseurs vous enverront des factures électroniques que vous devrez intégrer, contrôler et archiver. Les huit contrôles de notre guide sur l’OCR comptable s’appliquent tels quels.
- Organiser l’archivage. L’Acte uniforme relatif au droit comptable impose dix ans de conservation des livres et pièces. Une facture électronique s’archive avec sa preuve de transmission et d’acceptation, dans un format relisible, et non comme une impression PDF dans un dossier partagé.
- Vérifier la capacité d’intégration de l’ERP. Sage X3, Odoo et Dynamics 365 exposent des interfaces qui permettront de se connecter à la plateforme, directement ou via un prestataire, quand le format sera connu. Une version ancienne ou une base Saari ne le permettra pas ; c’est un argument de plus pour planifier la migration maintenant.
- Désigner un responsable et un calendrier. Un chef de projet côté finance, un correspondant côté informatique, une revue mensuelle de la complétude des données, et une veille sur les publications de la Direction générale des impôts. La réforme sera annoncée par textes d’application ; quelqu’un doit les lire le jour de leur parution.
Ce que nous ferons, et ce que nous ne ferons pas
Nous accompagnons dès maintenant les directions financières sur les dix points ci-dessus, dans le cadre de nos déploiements ERP et de nos audits de données. Nous ne vendons pas, à ce jour, de « connecteur eBilling » : il n’existe pas de spécification à laquelle se connecter. Le jour où la Direction générale des impôts publiera le format et le protocole, les entreprises dont les données seront propres se connecteront en quelques semaines. Les autres découvriront que la facture électronique était d’abord un projet de qualité de données, et qu’elles ont dix-huit mois de retard.
Nous mettrons ce guide à jour à chaque publication officielle. La date de dernière révision figure en haut de page.
Textes de référence et pages liées
- Projet de loi de finances 2026 (Direction générale du Budget)
- Facturation électronique au Cameroun : réglementation et obligation (EDICOM)
- Le Cameroun pourrait capter 100 milliards FCFA de plus grâce à la facturation électronique (EcoMatin, rapport BAD)
- OCR comptable : les huit contrôles à passer sur une pièce
- Déploiement ERP : Sage X3, Odoo, Dynamics 365
Guide rédigé par les consultants de MAAS Consulting à partir des textes officiels cités. Il éclaire une décision, il ne remplace ni les textes ni une mission d'accompagnement.